Hassan Belkhayat, de Southbridge A&I : “Il ne faut pas confondre le Made in Morocco et le Made for Morocco”

2022, l’année du rebond économique ? Dans un contexte de flou conjoncturel, TelQuel questionne les patrons de grandes entreprises afin de recueillir leurs prédictions. Expert en politiques publiques, notamment en matière de Santé, Hassan Belkhayat, managing partner et cofondateur du cabinet de conseil stratégique Southbridge A&I, ancien partner chez McKinsey, nous décrypte les enjeux de l’année en cours.

TelQuel : La soudaine résurgence du virus à travers le variant Omicron tempère les espoirs d’un net rebond de l’économie en 2022. Quelles opportunités et quels défis entrevoyez-vous au cours de cette année qui débute?

Hassan Belkhayat : Comme chaque crise, celle-ci a apporté son lot d’opportunités. Globalement, le Maroc a évolué dans plusieurs domaines. L’augmentation importante des lits et des équipements de santé dans les secteurs public et privé est un acquis majeur. La poussée du digital dans les interactions économiques et dans les relations avec l’État est également à mettre à l’actif de cette conjoncture.

Sans oublier, bien entendu, les réformes de fond que sont la généralisation de la protection sociale et la mise en place d’un important fonds public d’investissement. À un niveau plus global, les économies occidentales connaissent une reprise très rapide, favorisée notamment par des politiques monétaires accommodantes. Ce sont des mannes d’investissement et de consommation dont le Maroc peut indirectement profiter. Il faudrait pour cela que le tissu économique national ait la capacité d’investir et de se relancer dans un avenir proche.

Au Maroc, le coût de la crise a été largement supporté par les entreprises. Près de 70 milliards de prêts Damane ont été consentis, principalement à des PME ; soit quasiment l’équivalent de la perte de PIB sur 2020. Il faudra donc veiller, par des solutions plus innovantes que la dette classique, à préserver et relancer le tissu économique éligible à ce soutien, et cela ne concerne pas uniquement le secteur touristique qui, on le sait, a été particulièrement touché.

Par ailleurs, cela ne s’est pas fait, mais cette crise aurait pu être l’occasion de réaliser d’autres avancées significatives ; je pense à la fenêtre d’opportunité unique que permettait le déploiement des aides directes, pour lancer le mobile money et accélérer définitivement l’inclusion financière dans le pays.

Le “Made in Morocco” imprègne désormais l’état d’esprit des opérateurs économiques. Comment tirer profit de la sortie de crise mondiale pour mieux intégrer la production marocaine dans les chaînes de valeur internationales?

La conviction désormais ancrée que le Maroc possède un potentiel et des atouts considérables est un acquis important de cette crise. Il faut cependant faire attention à ne pas confondre le “Made in Morocco” et le “Made for Morocco”. Notre bataille doit être la valeur ajoutée ou le contenu local, et non un repli sur soi ou un renfermement de notre économie. Cette inflation mondiale, qui n’est plus conjoncturelle, mais bien structurelle à cause des créations monétaires massives en réponse à la crise, nous la subissons de plein fouet.

Il nous faut donc constituer une offre Maroc attractive afin d’encourager des relocalisations, des colocalisations et des investissements dans tous les secteurs. Le Maroc a toujours eu une proposition de valeur forte en termes de stabilité, de position géographique et stratégique, de niveau d’infrastructure et de cadre réglementaire ; mais nous devons actualiser et étoffer des offres sectorielles ou territoriales claires.

Il s’agira d’afficher des objectifs, d’actionner différents leviers publics, notamment une fiscalité incitative à l’investissement, la mise à disposition du foncier et des politiques de co-investissement ciblées de la part de l’État. Le rôle des organes publics tels l’AMDIE ou régionaux comme les CRI, va être par la suite de promouvoir cette offre et de faciliter l’installation des investisseurs étrangers ou nationaux.

Enfin, le rôle de l’État par ses politiques d’achat reste crucial afin de lancer et d’accompagner cette dynamique qui s’étend de l’artisanat au BTP, jusqu’au secteur des services et de la digitalisation de l’administration.

Un important virage social semble avoir été pris par le royaume. La mise en œuvre au pas de charge de l’assurance maladie en témoigne. Pour les salariés, la crise a été rude. Envisagez-vous de reconfigurer votre politique RH à l’aune de cette prise de conscience globale de l’importance du capital humain?

Nous devons avant tout nous féliciter de ces avancées sociales indispensables à l’édification d’un état fort et d’un pays émergent. Dans notre secteur, celui du conseil et de l’investissement, nos collaborateurs sont notre principal capital.

Les orientations de toute politique RH reflètent l’ADN de chaque structure et surtout son adaptation aux évolutions de son temps. Aussi, SouthBridge A&I a œuvré depuis le début à créer un cadre unique pour le développement de ses cadres. Une philosophie qui s’appuie sur notre ambition initiale d’être une pépinière des leaders économiques de demain dans le continent.

Nous veillons donc à donner un sens quotidien au travail de chacun, au service de notre région et de notre communauté. Notre rôle est de créer un environnement propice à l’entrepreneuriat, au développement des passions de chacun et à l’apprentissage accéléré des métiers et la connaissance des secteurs sur lesquels nous travaillons. La force de nos équipes vient également de leur diversité que ce soit en termes de parcours, d’origine géographique ou de passions ; et nous sommes fiers que les deux tiers de nos consultants soient des femmes.

Nous restons persuadés que le développement du groupe d’associés par des promotions et cooptations internes est à même de garder cet ADN unique tout en garantissant une croissance à la hauteur des ambitions d’un acteur de référence sur le continent. Ainsi, pendant la crise, nous avons fait le choix de la continuité en accélérant notre investissement dans le capital humain.

Quelle innovation, création de valeur, idée, changement de paradigme souhaiteriez vous mettre en place dans votre groupe en 2022?

SouthBridge A&I a été créée pour accompagner le développement de notre pays et de notre continent par des équipes profondément ancrées et engagées dans nos territoires et dans notre réalité socio-économique. Ainsi, bien que plusieurs de nos activités aient été initiées il y a près de 5 ans, nous inscrivons notre action au Maroc dans la droite ligne des grandes orientations et notamment de la mise en œuvre du Nouveau modèle de développement.

Ayant les mêmes convictions sur le rôle de l’entrepreneuriat et de son accompagnement, le rôle de l’économie sociale et solidaire, le rôle des secteurs sociaux et le rayonnement du Maroc en Afrique, nous avons développé et testé des programmes dans ces espaces d’intérêt que nous voulons mettre à l’échelle dès 2022.

Par exemple, faisant suite à notre programme WITA qui a accompagné plus de 60 TPME en 2 ans, nous avons lancé un concept unique de société d’investissement (WITAMAX 1) qui a investi dans 6 startups et nous projetons de lancer une deuxième société cette année pour toucher davantage d’entrepreneurs.

Nous désirons également lancer notre agence de mise en œuvre pour lancer des programmes sociaux à large échelle au Maroc et en Afrique, avec des bailleurs de référence, notamment dans les domaines de la santé publique et de l’entrepreneuriat. Ceci en poursuivant nos activités de support auprès des institutions publiques et privées sur les problématiques stratégiques et opérationnelles ayant un impact majeur sur la vie de nos concitoyens.

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